Ukraine : regards sur la crise

Ukraine : regards sur la crise, L'Âge d'Homme, 2014, sous la direction de Thomas Flichy de la Neuville

(...) Alors que la crise ukrainienne bat son plein, une petite équipe internationale composée d’experts de l’Asie centrale, officiers, universitaires cadres du secteur privé et hauts fonctionnaires, livre une première analyse sur un enjeu éminemment complexe. Les tensions ukrainiennes actuelles sont inséparables des relations ambivalentes entre la Russie et son voisin méridional. Sous l’effet des invasions, la capitale de la Russie a, en effet, connu une translation de Kiev à Moscou. (...)
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La Russie, puissance d'Eurasie, Histoire géopolitique des origines à Poutine

La Russie puissance d'Eurasie. Histoire géopolitique des origines à Poutine, Ellipses, 2012, par Arnaud Leclercq

(...) Loin des clichés médiatiques, plongeant dans les profondeurs de l’histoire et de la géopolitique, Arnaud Leclercq nous offre une réflexion atypique et inscrite dans la longue durée, nourrie d’une connaissance intime des Russes. Il met en lumière les constantes religieuses, identitaires, politiques de la Russie et trace les perspectives d’une puissance qui, n’en déplaise à l’Occident, sera de plus en plus incontournable.
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Russie, Europe, Chypre... Entretien pour Voix de la Russie

Russie, Europe, Chypre… Entretien pour Voix de la Russie

Retranscription par écrit d’un entretien radiophonique donné à Voix de la Russie le 19 mars 2013

Voix de la Russie. Que pensez-vous du projet de loi chypriote sur la taxation de l’ordre de 15% sur les comptes bancaires supérieurs à 100.000 euros ? Quelles seraient les répercussions ?

Arnaud Leclercq. Je crois qu’il faut d’abord replacer cette décision dans un contexte général qui, malheureusement, n’est pas surprenant. On a déjà vu en 2008-2009 en d’autres circonstances que ce n’est qu’une question de temps pour que l’Union européenne commence à prendre de différentes façons de l’argent aux contribuables, aux épargnants. Cela peut se passer soit sous forme de pression, ce qui a déjà été envisagé par les économistes en 2008-2009, soit par les impôts qui peuvent être confiscatoires, comme on l’a vu dans certains pays européens. Ou alors maintenant dans sa dernière version, encore plus dramatique et incroyable, c’est tout simplement se servir dans la poche des gens et des sociétés qui ont leur compte en banque dans un pays-membre de l’UE. Ce qui est quand même un petit peu surréaliste quel que soit le contexte et les raisons qui sont derrière. Il peut être pleinement justifié de demander un effort à la population, aux pays, pour obtenir cette aide de l’UE ; néanmoins c’est un cas assez extravagant que l’on vienne s’approvisionner dans la poche des gens. Et je pense que, malheureusement, cela risque de n’être qu’un début, une première étape puisqu’un certain nombre de pays européens sont dans une situation absolument dramatique et qu’un certain nombre d’économistes – y compris les Prix Nobel – disent que ces mesures d’austérité – quoiqu’importantes mais trop dures – contribuent à obtenir un résultat inverse par rapport à celui espéré. Ça c’est le premier contexte général.

Le contexte un petit peu plus particulier, c’est que cette pression de l’UE se fait sous l’influence de l’Allemagne, qui vit à la veille d’une période électorale, et ce facteur contribue à la vision selon laquelle on ne peut aider un pays du Sud européen qu’à condition d’être extrêmement dur avec lui.

Maintenant, en ce qui concerne plus particulièrement la Russie et ses avoirs à Chypre, j’aurais bien aimé savoir quelle aurait été la réaction de l’UE, si au lieu d’actifs russes qui peuvent représenter jusqu’à un tiers des avoirs à Chypre, si ces actifs avaient été allemands ou français comme c’est le cas au Luxembourg, centre fiscalement avantageux au cœur même de l’UE… Si cela avait trait au Luxembourg, les Européens auraient-ils pris une décision aussi draconienne ?

Les Européens savent qu’il y a beaucoup d’argent russe placé à Chypre et qui transite à Chypre. Ce qui est assez scandaleux dans cette affaire, et qu’on lit dans un certain nombre de médias, c’est que sans être un grand spécialiste du contexte chypriote bancaire, je peux néanmoins avancer que les règlements qui existent et qui sont clairs depuis un certain nombre d’années – Chypre n’est pas dans l’UE depuis vendredi matin – un grand nombre de cabinets de conseil européens et même anglo-saxons, d’experts comptables ou spécialistes de stratégie ont recommandé aux entreprises russes d’utiliser la place chypriote du point de vue juridique et financier, simplement parce qu’il y a une Convention fiscale entre la Russie et Chypre qui est très avantageuse et qui est à l’image d’autres conventions qui existent entre la Russie et le Luxembourg, ou entre n’importe quel autre pays dans le monde et dont certaines soient issues du modèle OCDE classique ou dans certains cas sont éventuellement plus avantageuses. C’est le cas entre la Russie et Chypre. Donc tout naturellement les entreprises – soit pour faciliter leurs achats des biens à l’étranger, soit optimiser le climat fiscal – ont utilisé cette commodité chypriote, comme d’autres groupes internationaux utilisent le Luxembourg ou même la législation britannique dans un certain nombre de cas.

Je ne suis pas en train de défendre ce type de législation fiscalement avantageuse. Je sais tout simplement que cela existe à Chypre et que cela existe ailleurs aussi ! A Malte, par exemple, qui est juste à côté. Donc cela n’a rien d’extraordinaire si ce n’est que c’est la Russie qui utilise Chypre de façon préférentielle.

Qui plus est, grâce au régime de l’absence des visas entre la Russie et Chypre, c’était une destination non seulement d’affaires mais aussi de tourisme sans parler des Russes qui s’y sont installés puisqu’il y avait cet avantage alors qu’il y a beaucoup plus de difficultés pour les Russes à obtenir les visas dans la zone Schengen, ce qui est un sujet de conflit ou, en tout cas, de mésentente entre l’UE et la Russie. Je pense que le Président Poutine a raison et moi-même j’ai pensé la même chose dans la mesure où ce qui se passe là-bas du point de vue éthique et social est dramatique. C’est un précédent qui est grave ! Comme ça du jour au lendemain 15% et on parle même de 40% pour les comptes qui sont plus importants en transformant les gens en prisonniers et en fermant la place financière bancaire chypriote depuis plusieurs jours ce qui bloque beaucoup de transactions de sociétés commerciales tout à fait naturelles et qui ne peuvent plus utiliser la place du jour au lendemain.

Pour répondre à votre dernière question : oui ! je pense que cela a des conséquences dans les relations entre la Russie et Chypre. Si vous étiez un Russe qui a des actifs là-bas, je pense que vous allez réfléchir à l’avenir par deux fois avant d’y replacer les actifs de votre épargne ou de la gestion de la trésorerie suivant les cas. Au-delà avec l’UE je ne sais pas si cela va engendrer les conséquences qui pourraient être sérieuses voire graves, je ne pense pas. Néanmoins c’est l’un des sujets de plus qui envenime les relations. Accessoirement je vous signale que j’en parle dans un article qui sera bientôt publié dans une revue géopolitique française où l’on m’avait demandé de réfléchir à la relation UE – Russie avec tous les significatifs qu’il y a autour de cela. Et j’essaie de réfléchir à la raison qui motive ce désamour entre les deux parties du continent.

Crédit photo : NicosiaSkylines via Wikimedia (cc)